Le suicide des animaux en captivité 

Au-delà des maux causés par leur captivité (impuissance, léthargie, dépression, anxiété, agressivité, insomnie, anhédonie, stress, troubles de l’alimentation, troubles sociaux, ...), certains animaux seraient capables du pire : le suicide.  

 

On a commencé à s’intéresser à la question du suicide animal en 1845 quand la presse s'intéresse à un chien Terre-Neuve. En effet, il se jetait à l’eau de manière répétitive et gardait étrangement sa tête sous l’eau, sans même remuer ses pattes. Après plusieurs tentatives, il finira d’ailleurs par se noyer.

Malgré la difficulté pour le grand public d’accepter l’idée que les animaux non-humains pourraient observer un plan aussi complexe que celui qui mène à leur propre mort, de plus en plus de scientifiques se penchent sur le sujet.

C’est le cas du Dr PERRA-GUZMAN de l’université de San Francisco qui, en 2017,  a publié une thèse intitulée « can non-human animals commit suicide? ». Il expose dans celle-ci la dualité qui existe chez les scientifiques sur la question de la possibilité du suicide chez les animaux. Pour certains, les animaux ne peuvent se suicider car ils n’ont pas les caractéristiques humaines nécessaires pour mener au comportement suicidaire comme le libre arbitre, la subjectivité réflexive ( c’est à dire la capacité pour l’animal de se saisir en tant qu’agent capable d’agir en « je ») ou la conscience de la mort. D’autres scientifiques avancent des arguments en faveur de la possibilité du suicide chez les animaux. Pour eux, les capacités émotionnelles, cognitives et comportementales chez les animaux sont aussi développées que chez les humains. Dans sa thèse, il explique que de nombreux arguments de scientifiques opposés à la reconnaissance du suicide peuvent être actuellement contrebalancée par certaines avancées. En effet, on sait aujourd’hui que les singes, les dauphins, les éléphants et la pie eurasienne ont tous passé le test de Gallup (1970) : le célèbre test du miroir. De nombreux experts du comportement animal le considèrent comme le test de la subjectivité réflexive et de la conscience de soi alors que certains enfants humains échouent jusqu’à l’âge de 6 ans.

On sait également aujourd’hui que la mort joue un rôle primordial dans la vie des animaux. On a observé de nombreux rituels funéraires dans diverses espèces tels que les corbeaux, les éléphants, les gorilles en captivité, les dauphins, … De plus, de nombreux animaux comme les chats, les chiens, les lapins, les chevaux, … ont montré, lors d’expériences,  des sentiments de deuil, de mélancolie, et de chagrin lors de la mort d’un parent, amis ou compagnons ce qui peut signifier que les survivants comprennent la différence entre la vie et la mort. 

Le Dr PERRA-GUZMAN conclue sa thèse en affirmant qu’il existe de nombreux arguments tant philosophiques qu’empiriques pour soutenir l’hypothèse du suicide chez l’animal ou du moins pour ne pas l’écarter.

Une autre scientifique va également dans ce sens : c’est le docteur Lori Marino, neuroscientifique à l’Université Emory, Georgie, et reconnue spécialiste en comportement et intelligence animale . Dans son article, « Le suicide chez les dauphins: une possibilité ? », elle explique que les dauphins sont bien plus conscients d’eux-même que nous le sommes, nous les humains. Des gestes que nous réalisons de façon inconscientes, comme respirer, sont pour eux des gestes décidés et contrôlés. Ainsi, ils pourraient choisir de ne plus les réaliser.

 

Cette théorie est appuyée par la triste histoire de Kathy le dauphin. Cinquième et le plus longtemps interprète de Flipper, dans la série TV éponyme, cette femelle s’est suicidée dans le Seaquarium de Miami sous les yeux de son entraîneur, Richard O’Barry.

Ce dernier, devenu depuis une figure emblématique de la lutte anti-captivité, raconte que le mammifère était en bonne santé mais déprimé : “Un jour, elle a simplement nagé dans mes bras et m’a regardé droit dans les yeux avant de prendre une dernière inspiration et de se laisser couler.”

Certains scientifiques suggèrent qu’à l’état sauvage les cétacés se suicident en s’échouant sur les plages, parfois en groupe, la majorité des espèces comptant des êtres aux liens sociaux très forts. Dans sa prison, Kathy, elle, a alors simplement décider de s'asphyxier en refermant son évent. 

Une autre bien triste illustration de ces propos est celui du Bassin des suicides au Delphinarium de Constanta en Roumanie, ouvert depuis 1972. Dans un rapport scientifique publié sous le titre « Dolphins in captivity : realities and perpectives » publié par LIGIA DORINA DIMA et Carmen GACHE, l’une des causes les plus fréquentes de décès chez ces cétacés captifs serait le suicide. Le dauphin refuse toute nourriture ou bien se heurte aux parois de la piscine jusqu’à ce qu’il meure. 

Si les cétacés n’arrivent pas toujours au bout de leur projet, beaucoup d’entres eux tentent de mettre fin à leur souffrance. Le cas de l’orque Morgan n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. Une vidéo filmée en 2006 au parc aquatique Loro Parque en Espagne et qui a été partagée par l’association « The Dolphin projet » montre l’orque complètement hors de l’eau , échouée elle-même sur le béton. Pour les défenseurs des animaux, l’acte de Morgan est un cri de  désespoir ou une tentative de suicide. Deux mois avant cet incident, Morgan avait été filmée entrain de se cogner la tête à plusieurs reprises dans la grille métallique de la piscine. Pour « Dolphin projet », cet exemple montre l’horreur de la captivité car on n’observe pas ce type de comportement dans la nature.

Un autre exemple est celui des Tarsiers de Philippines. C’est un des primates les plus petits au monde qui a longtemps été menacé par la domestication et le tourisme. En 1980, il a d’ailleurs été reconnu comme une espèce en danger de disparition. Mais un plan de préservation de l’espèce et des lois le protégeant ont permis à sa population d’être à nouveau croissante. Malheureusement, il existe des lieux de captivité où les tarsiers se trouvent dans des cages à proximité des touristes mettant gravement en péril leur vie, selon Carlito Pizarras, conservateur au sanctuaire pour tarsiers de Corella. Il affirme même que « la plupart de ces tarsiers s’ils sont stressés , se suicident ». 

La voix d’un touriste, le flash d’un appareil peuvent le mettre dans une détresse extrême. Selon Pizarras, « ils arrêtent de respirer et meurent à petit feu. Si vous les mettez dans une cage, ils veulent sortir, alors ils se cognent la tête contre la cage, et elle craque tant leur crâne est fin. »

En 2012, dans une ferme à ours où l’on prélève à vif la bile prisée par la médecine traditionnelle, une maman ours tue son petit et se suicide : quand un ouvrier s'apprêtait à inciser l’ourson, la mère a réussi à s’extraire de sa cage, s’est précipitée vers son enfant, l’a serrée tellement fort qu’il s’en est étouffé, puis a couru brutalement vers un mur contre lequel elle s’est donnée la mort. 

Si le suicide des animaux reste encore une question complexe, il n’en reste pas moins que l’on commence à accepter l’idée de tel comportement. Les comportements anormaux observés en captivité comme se taper la tête contre la paroi de son bassin ou contre sa cage, bloquer sa respiration … sont pour les défenseurs des animaux le reflet d’une réelle souffrance animale. Accepter et affirmer que le suicide est aussi une question animale nous conduit à nous interroger sur la question de la captivité d’un point de vue éthique que ce soit dans le but de divertir ou de faire subir des expériences. 

Tant qu’il y aura encore des voix qui s’élèveront contre de telles pratiques, tant que des scientifiques se poseront des questions sur ce sujet, la souffrance animale continuera à questionner, mais à quel prix ? 

 L. Manoeuvrier & B. Ory

Wolf Eyes ASBL

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