Enquête au Mont Mosan 

Wolf Eyes se rend régulièrement dans les zoos belges dans le cadre de ses enquêtes au sujet du bien-être animal dans les parcs zoologiques.


Le 31 mars 2018, l’association s’est rendue au Mont Mosan, un parc familial situé à Huy qui propose des attractions pour enfants. Parmi les manèges, se trouvent des enclos où sont détenus suricates, manchots, phoques et autres animaux. Il présente également des spectacles d’otaries et de perroquets ainsi que des balades à poney.

Le parc est considéré comme parc zoologique par la région wallonne, de laquelle il a reçu un agrément.

 
Nous déplorons cette situation. En effet, nous pensons que la législation belge n’est pas suffisamment stricte en termes de bien-être animal (le code wallon du bien-être animal, une version plus sévère de la loi relative à la protection et au bien-être des animaux est actuellement en attente d’approbation par le Conseil d’Etat) et que les normes présentes sont rarement respectées, et surtout les zoos rarement sanctionnés. Afin d’activer le système judiciaire avec l’objectif d’améliorer la qualité de vie des animaux captifs, Wolf Eyes a déposé plainte au mois d’avril pour cas de maltraitance sur les phoques et les otaries au Mont Mosan.


En mettant de côté que nous considérons que les animaux n’ont pas leur place dans les parcs zoologiques tels qu’ils sont à l’heure actuelle, argument qui devrait se suffire à lui seul, nous avons relevé plusieurs problèmes concernant la détention des phoques.

·La qualité de l’eau

Le problème le plus urgent est l’utilisation du chlore dans les bassins. En effet, « le chlore est un puissant oxydant, un désinfectant de premier ordre, qui agit par dégradation des matières organiques. »[1]. Ce désinfectant est agressif pour les yeux des animaux qui doivent vivre dans ces eaux 24h/24, qu’il s’agisse de phoques, d’otaries ou de dauphins.

 
Dans les parcs zoologiques belges qui détiennent des phoques, à notre connaissance, le Mont Mosan et le Boudewijn Sea Park utilisent de l’eau chlorée tandis que le zoo d’Anvers[2] utilise des filtres biologiques et retire les dépôts d’algues manuellement. Nous n’avons pas d’information à propos du au Sea Life.

 

[1] https://www.cieau.com/leau-et-votre-sante/qualite-et-sante/pourquoi-il-y-a-t-il-du-chlore-dans-leau/

[2] http://old.zooantwerpen.be/sites/default/files/public/ZOOschool/achter_de_schermen_zeeleeuw_zeehond_f_zooantwerpen_planckendael.pdf

Ainsi, comme l’explique le soigneur du Mont Mosan dans notre vidéo , le parc utilise du chlore en quantité modérée (d’où une eau qui n’est pas bleu clair) mais les animaux finissent tout de même aveugles. Nous avons d’ailleurs constaté que la plupart des phoques gardaient les yeux fermés lors de notre visite.
 

Le soigneur nous a dit que le parc vérifie le taux de chlore entre deux et trois fois par jour. Cependant, en Belgique, il n’existe à notre connaissance aucune norme officielle fixant un taux de chlore à ne pas dépasser. La plupart des experts visent à garder un taux de chlore sous 1 PPM (1mg par litre, à Bruxelles, la valeur maximale autorisée dans les piscines publiques pour le chlore combiné est de 0,80 mg/l[1]) mais expliquent que « dans les bassins moins sophistiqués, ce taux monte fréquemment au-dessus de 1 PPM et certains excèdent même 2,5 PPM. Dans certains zoos, la totalité des otaries et phoques souffrent de lésion à la cornée ».[2]

 

Comme le démontre le zoo d’Anvers en Belgique, il est possible d’améliorer la qualité de l’eau des bassins en supprimant le chlore. En France d’ailleurs, en parallèle avec l’interdiction de reproduction des dauphins en captivité[3], l’utilisation du chlore dans le traitement de l’eau a été interdite et un délai de 6 mois a été instauré pour que les parcs adaptent leurs bassins. La problématique du chlore est donc reconnue par les parcs qui l’utilisent, mais aussi par le gouvernement.

 
Le Mont Mosan admet lui-même qu’il existe d’autres solutions, comme les filtres UV, mais que l’entretien est plus fastidieux et l’installation coûteuse. Le parc est donc conscient du problème mais n’agit pas pour le solutionner et laisse ses animaux souffrir, alors que de nouvelles attractions étaient en construction le 31 mars.


Selon la loi (l’alinéa 3 de l’article 4 de la loi du 14 août 1986) : « L'éclairage, la température, le degré d'humidité, la ventilation, la circulation d'air et les autres conditions ambiantes du logement des animaux doivent être conformes aux besoins physiologiques et éthologiques de l'espèce. » Nous estimons que l’utilisation du chlore ne respecte pas cet article, d’autant plus qu’il existe des solutions alternatives. En effet, l’utilisation du chlore ne constitue pas une mesure qui convienne à la nature et aux besoins physiologiques des phoques. Dès lors, nous estimons que l’acte de remplir un bassin d’eau chlorée où vivent des phoques a pour conséquence de causer sans nécessité des lésions, douleurs ou souffrances (article 35 de cette même loi). En Wallonie, il s’agit d’une infraction de deuxième catégorie, qui est punie d'un emprisonnement de huit jours à trois ans et d'une amende d'au moins 100 euros et au maximum de 1.000.000 euros ou d'une de ces peines seulement (article D.151 du Livre Ier du Code de l'Environnement).

 

[1] http://www.piscinesbruxelles.be/2016/03/les-piscines-de-bruxelles-qualite-de.html

[2] Journal of Marine Animals and Their Ecology Copyright © 2008 Oceanographic Environmental Research Society

[3] https://www.francetvinfo.fr/animaux/le-conseil-d-etat-confirme-l-interdiction-de-la-reproduction-de-dauphins-en-captivite_2309817.html

·L’environnement du bassin

En Belgique, les normes minimales de l’enclos et du bassin des phoques communs (phoca vitulina) sont les suivantes : entre un et deux individus peuvent être détenus dans un enclos de 60m², dont 80% de la superficie doit être un bassin (soit 48 m²) d’une profondeur de 1,5 mètres. Il faut ajouter 8m² de bassin et 10m² de superficie par animal supplémentaire. Un bassin d’isolement doit être disponible.
On ne peut que se questionner du peu d’espace de vie nécessaire selon la loi, sachant qu’un phoque mesure entre 1m60 et 1m90 et pèse en moyenne 120 kilos[1] et a pour habitat… la mer et les côtes. A nos yeux, ces normes sont inadaptées au bien-être de ces animaux.

 
Au Mont Mosan, le bassin est situé à côté d’une terrasse. De l’autre côté se trouve une petite montagne russe pour enfant, bruyante et qui fonctionne toute la journée.
Ainsi, en plus des douleurs provoquées par l’eau dans laquelle ils vivent, les phoques doivent subir la pollution sonore de l’environnement qui a été décidé pour eux, et sans doute les vibrations des attractions qui se réverbèrent dans l’eau.

Lors de notre visite, la majorité d’entre eux nageait dans le bassin proche de la terrasse, pourtant plus petit que celui situé côté attraction. Nous nous demandons s’il s’agit d’une préférence personnelle, d’un dérangement dû aux vibrations, de la qualité de l’eau qui serait différente selon les bassins ou pour une autre raison.

 

Le Code wallon du bien-être animal nouvellement publié (en attente d’approbation) déclare se baser sur la reconnaissance de la sensibilité de l’animal. Le phoque est un animal sauvage dont la vue et l’ouïe sont les sens les plus développés. Nous espérons que cette reconnaissance sera suffisante pour actionner des améliorations par rapport aux conditions de vie de ces animaux.

 

[1] http://www.larousse.fr/encyclopedie/vie-sauvage/phoque/178176

La communication aux visiteurs

 

Lors de notre visite, le soigneur nous a expliqué que les pinnipèdes gardent les yeux fermés à cause du chlore. Pourtant, lorsque nous avons assisté à la séance de nourrissage, une autre explication a été donnée. Le soigneur s’adressait alors aux enfants (nous avons apprécié le côté didactique pour les enfants, qui étaient libres de poser les questions qu’ils souhaitaient). L’un d’eux a demandé pourquoi ils gardaient les yeux fermés, et le soigneur a répondu « c’est parce qu’ils sont bien, ils sortent de l’hiver ».
Bien que nous soyons d’avis que la communication doit être adaptée aux publics à laquelle elle s’adresse, nous pensons que travestir la vérité ne relève pas de cela. Chaque personne qui pose une question a le droit de recevoir une réponse véridique afin de se forger sa propre opinion. La transparence au niveau de la communication d’un zoo envers ses visiteurs est une notion importante sur laquelle Wolf Eyes souhaite mettre l’accent (notamment en termes de conservation des espèces).

L’EAZA, l'association européenne des zoos et aquariums est une association de parcs zoologiques et d'aquariums européens, a publié des documents contenant notamment un code d’éthique. Les lignes directrices qu’il contient sont citées comme référence par la Directive européenne 1999/22/CE. Aussi, bien que le Mont Mosan ne soit pas membre de cet organisme, nous estimons leur code d’éthique[1] pertinent. Il y est écrit que le parc zoologique se doit de pratiquer une communication honnête et transparente envers ses visiteurs, membres du personnel et collègues. Le code écrit également que le zoo doit développer et mettre en place un programme d’éducation envers les visiteurs basés sur des faits scientifiques reconnus. A titre d’exemple, le zoo d’Anvers s’adresse spécifiquement aux enfants lorsqu’il explique pourquoi il n’utilise pas de chlore puisque l’information se trouve dans l’onglet « zoo school » de leur site internet.

 

[1] https://www.eaza.net/assets/Uploads/Standards-and-policies/EAZA-Code-of-Ethics2015.pdf

Par ailleurs, nous n’avons vu aucune information affichée concernant les phoques lors de notre visite. Elles sont seulement délivrées lors de la séance de nourrissage, et quelques panneaux affichés au bassin des otaries nous apprennent à différencier une otarie d’un phoque.


Pour conclure, nous souhaitons préciser que l’argument couramment utilisé par les zoos d’être un acteur dans la préservation des espèces n’est pas recevable ici. Les phoques détenus dans les zoos (nous supposons qu’il s’agit ici de phoque gris ou de phoque commun) ne sont pas en danger d’extinction (ils sont classés comme de préoccupation mineure par l’IUCN, soit la catégorie la moins concernée par un danger d’extinction).


Le Code wallon du bien-être animal souligne l’importance du rôle des animaux au sein de la société et de l’environnement, mais nous pensons que cette importance est minimisée et non respectée en présentant des phoques dans un milieu tel que proposé dans ce zoo.


En outre, le site internet ou la documentation présente dans le parc ne fait aucune mention d’une quelconque étude scientifique en cours ou de mesures de conservation de l’espèce. Or, la Directive européenne 1999/22/CE est claire à ce sujet, indiquant notamment que les parcs zoologiques doivent assurer un rôle important en matière de conservation des espèces, d’éducation du public et/ou de recherche scientifique (à laquelle ils doivent contribuer en ayant pour objectif la conservation). Ils doivent par ailleurs promouvoir l’éducation et la sensibilisation du public en ce qui concerne la conservation de la diversité biologique.

De notre point de vue, ce zoo ne contribue pas à la conservation de l’espèce ni à l’éducation des visiteurs à ce sujet et détient ses phoques dans des conditions qui ne respectent pas certains articles de loi, ni la Directive Européenne et ne prend pas en compte leurs besoins, qu’ils soient physiologiques, physiques ou psychologiques.


Enfin, nous souhaiterions que l’utilisation du chlore soit interdite dans les parcs zoologiques wallons.
 

Le Mont Mosan en vidéos

La rendre aveugle ne suffit pas !! Ici la direction entrave et exploite cette pauvre Birdy jusqu'à l’indécence ...

La loi belge prévoit que « Le contact direct entre le public et les animaux dangereux doit être rendu impossible par des barrières maintenant une distance suffisante. » (Chapitre III, Section I, Article 3(7), Arrêté RD8/1998)

Mr Vanberg prétend dans la presse, qu'il ne me connait pas et que je viens chez lui comme un voleur !! Bien essayé  ;-)